La révolution de la 5G : mythe ou réalité ?

5G

2020 va être l’année de l’avènement de la 5G. Dès le printemps prochain, le premier opérateur français Orange devrait ainsi dévoiler ses premiers forfaits 5G. Pour autant, cette nouvelle technologie est-elle si révolutionnaire, telle qu’elle est décrite par les opérateurs ? Quelles nouveautés devrait-elle apporter aux consommateurs ? En quoi est-elle foncièrement différente de la 4G ?

On nous promet la révolution numérique. Quelques années après son éclosion, la quatrième génération de technologie mobile, la 4G, celle-là même qui devait déjà métamorphoser l’expérience utilisateur, serait-elle sur le point de rejoindre le rayon des technologies passées au Musée des arts et métiers ?

À l’unisson, son successeur, la 5G, est en tout cas décrite comme « une innovation de rupture » digne de l’avènement de la fée électricité ou de l’automobile. Rien que cela…

Tout ceci n’est-il pas pour autant un brin exagéré ? Quel est le véritable apport de la 5G qui, après une longue phase de test, doit débarquer en France dès 2020 ?

 

Un peu d’histoire…

 

En 2011, l’État attribuait déjà les licences 4G LTE aux quatre opérateurs de réseau. Huit ans plus tard, il s’apprête à présent à en faire de même pour la 5G. Entre les deux, les habitudes du consommateur se sont largement retrouvées modifiées.

Naguère souvent limitée à une simple consultation de pages Web ou de ses mails, la bande passante est aujourd’hui aussi bien sollicitée pour regarder et télécharger la dernière série sur Netflix ou pour jouer à des jeux vidéo toujours plus puissants et au graphisme de plus en plus réaliste.

Qu’il est loin et pourtant si proche le temps de la 2G et du bon vieux Nokia 3310. Dans les années 1990, cette nouvelle technologie permettait à tout un chacun « d’avoir une cabine téléphonique dans la poche », reléguant la 1G (le radiotéléphone de voiture) aux oubliettes.

En 2004, SFR et Orange emboîtaient le pas en lançant la 3G. Pour la première fois, un appareil nomade allait permettre l’accès à Internet à bas débit. Ce qui, quelques années plus tard, amènera à l’avènement du haut débit mobile (4G).

 

La 5G est-elle vraiment plus performante ?

 

De chez lui ou à distance, le consommateur d’aujourd’hui veut justement profiter des mêmes services, partout, et amener avec lui son accès à Internet où bon lui semble. En ce sens, l’apport le plus largement revendiqué par la 5G entend mettre un terme à la frontière existante de plus en plus ténue entre Internet fixe et Internet mobile.

Grâce à des débits multipliés par 20, la 5G franchit la frontière de l’ultra haut débit. Là où la 4G était plutôt à comparer avec l’ADSL, la cinquième génération de technologie mobile entend bien rivaliser avec la fibre.

Avec elle, l’avènement ou le développement de nouveaux modes de consommation, de nouveaux usages sont en train d’éclore : le streaming pour la vidéo ou encore le cloud gaming ont toutes les chances de se populariser. Après la 4K, la 8K a aussi toutes les chances de suivre, facilitée par le développement d’un réseau de qualité.

Car, bien au-delà des débits qui, selon toute vraisemblance, pourraient bien atteindre une vitesse de croisière moyenne de 150 Mb/s et souvent bien plus encore, la 5G entend surtout se différencier par sa stabilité. La dernière née des technologies mobile, en utilisant un spectre de fréquences beaucoup moins usitées, compris entre 30 et 300 GHz (contre 4 GHz pour la 4G), pourra désormais proposer des fréquences beaucoup moins « parasitées ».

De quoi laisser un espoir à ces pans entiers du territoire encore exclus du développement numérique…

 

Un espoir pour les oubliés du numérique ?

 

S’il devient de plus en plus illusoire de tirer les câbles de la fibre jusqu’aux coins les plus reculés de France, l’idée que la cinquième génération de téléphone mobile puisse la remplacer commence par faire son chemin. L’objectif est clair : remplacer le lien optique par un lien radio à très haute fréquence.

La 5G, en utilisant des fréquences moins usitées, offre ainsi un système de télécommunication plus efficient, plus stable, et pourrait bien faire disparaître toute distinction entre Internet fixe et nomade. D’autant plus que la cinquième génération de technologie mobile ouvre les portes d’une forte diminution du temps de latence, à l’inverse de la 4G.

Un détail qui pourrait bien constituer un espoir pour les zones rurales, le plus souvent exclues de la fibre optique, de rivaliser avec les villes en matière de connexion à Internet. Et pour l’État de répondre à sa mission de service public à moindres frais.

 

Quel est le calendrier de déploiement de la 5G ?

 

Officiellement, il n’est en tout cas plus question de répéter les erreurs du passé concernant la présence de zones blanches avec la 5G. En 2017, à cet effet, les pays de l’Union européenne ont adopté une feuille de route fixant le calendrier général du déploiement de l’ultra haut débit.

En France, L’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) détaille quant à elle ligne par ligne les obligations que devront respecter les opérateurs. La date butoir est ainsi fixée à 2030 où 100 % du réseau devra être compatible 5G.

D’ici là, l’autorité des télécoms attend aussi que les opérateurs aient au moins couvert 5 à 10 villes françaises d’ici à la fin 2020. En 2022, le déploiement devra avoir concerné au moins 3 000 sites puis 10 500 en 2025 en passant par 8 000 (dont 4 000 en zones peu denses) en 2024. En 2027, ce sont toutes les routes principales qui devront être couvertes.

Entre les deux, plusieurs points d’étape ont d’ores et déjà été prévus quant au respect des différentes obligations et des besoins.

Les opérateurs, égaux face à la 5G ?
Ils sont en théorie chacun soumis aux mêmes obligations et même calendrier de déploiement. Pour autant, l’ARCEP laisse bien à tout opérateur la liberté d’aller au-delà de ces paliers. S’il est encore difficile d’estimer de façon précise la qualité du réseau pour chacun des opérateurs en 5G dans les années à venir, deux entreprises font actuellement la course en tête en matière de communication ou de phases test (Orange et SFR), suivies de près par Bouygues Telecom. En revanche, Free, encore préoccupé par le déploiement de son réseau propre en 4G semble encore pour l’heure en retrait.

 

Que va permettre la 5G ?

 

Si la 5G suscite tant la convoitise, c’est aussi grâce au champ des possibles qui en découle. La multiplication par 20 des débits moyens a toutes les chances de radicalement transformer l’expérience utilisateur. Source de confort, la nouvelle génération de technologie mobile induira probablement une augmentation substantielle des contenus téléchargés et des jeux en ligne.

Mais grâce à la réduction de la latence de 10 à 1 ms, ce sont surtout de nouveaux usages inédits de la technologie mobile qui risquent de voir le jour. Maison connectée, pilotage à distance de véhicules ou encore téléchirurgie sont en ligne de mire.

Grâce à cette nouvelle architecture de réseaux, certains se prennent déjà à espérer l’éclosion des opérations de maintenance ou encore de soigner/d’opérer à distance.

 

Quel est l’inconvénient de la 5G ?

 

Le monde de demain a donc toutes les chances de connaître des bouleversements technologiques majeurs. À condition de bénéficier d’une qualité de réseau optimale… C’est en effet l’inconvénient majeur de la 5G.

En se positionnant sur un spectre de fréquences élargi de 30 à 300 GHz, dites « ondes millimétriques », la nouvelle architecture de réseau risque bien d’avoir une portée beaucoup plus courte. La pénétration de certains obstacles et notamment de certains murs pose encore partiellement problème.

Pour éviter que la 5G ne s’arrête à la porte de chez soi, les industriels travaillent sur des techniques telles que le Massive MIMO (Multiple In, Multiple Out) afin d’en équiper tous les futurs smartphones 5G. L’objectif : multiplier les capacités du téléphone en dirigeant au mieux et de manière intelligente les signaux vers les appareils en question.

 

Est-ce que la 5G est dangereuse pour la santé ?

 

De par sa portée plus courte et sa propagation plus difficile à travers les obstacles, la 5G inquiète ainsi nombre d’associations de citoyens et anti-ondes. En ligne de mire : la multiplication des antennes relais ainsi que de toutes ces petites antennes (les fameuses MIMO) qui devraient bientôt équiper tous les smartphones 5G.

Selon le Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques (CRIIREM), la population devrait au mieux se retrouver soumise à des niveaux de rayonnement « des dizaines à des centaines de fois plus grandes » qu’aujourd’hui.

Une analyse que ne partage pas la communauté scientifique pour laquelle une augmentation du nombre d’antennes n’entraîne pas forcément une exposition accrue aux ondes électromagnétiques. À moins que « les champs électriques s’additionnent ou soient en phase, [ce qui] n’arrive que rarement et involontairement ». Au contraire, selon elle, la multiplication du nombre d’antennes devrait entraîner une diminution de la puissance de transmission.

Cette appréhension explique en tout cas probablement en partie le retard pris par la France et l’Europe sur la 5G en comparaison à l’Asie. Là-bas, tous les plus gros constructeurs de smartphones ont déjà sauté le pas. Nul doute toutefois que ce « léger » retard devrait bientôt être rattrapé. Orange vient de lancer il y a quelques semaines, le Neva jet, son premier smartphone compatible 5G sous les couleurs de sa propre marque…

Des smartphones « 5G » toujours peu nombreux
Apple fait partie des grands absents. Aucun smartphone de la marque à la pomme n’est encore en mesure d’arborer le logo « 5G ». Dans les faits, le nombre de terminaux vendus en France et capables d’accrocher la cinquième génération de téléphone mobile se réduit encore à peau de chagrin. Parmi eux, citons le Samsung Galaxy Note 10+ (799 euros), le Xiaomi Mi Mix 3 (429 euros) et le Huawei Mate 20X (509 euros). Dans les starting-blocks des mobiles 5G, les marques chinoises tiennent par contre ici leur revanche par rapport aux géants classiques du secteur, y compris en Asie. Les Xiaomi, Huawei ou autres OnePlus sont parmi les premiers à répondre présents et à embarquer la nouvelle technologie. Les prémices d’un futur renversement de situation ?